page 281

C’est l’histoire du misérable combat des humains contre l’oubli. Ecrire des musiques, mélanger les couleurs, monter des tours, déclencher des batailles, donner des prénoms de fleurs, construire des cathédrales, s’espérer ainsi immortel. Et puis mourir.
En deux générations ne plus être qu’une ombre sur la photo, deux dates dans un arbre généalogique, une anecdote, au mieux un événement dont on sera à jamais le grand homme et juste ça mais combien de hasards pour le devenir, et combien de petits arrangements avec la réalité ? Vous le savez mieux que quiconque Pierre- Antoine, on ne lutte pas longtemps contre l’oubli. Restent les comptes, les papiers, toutes ces paperasses dont vos registres sont les caveaux, mais croyez-vous vraiment que nous sommes dans les papiers, dans l’écume administrative qui nous enregistre et nous piste de la naissance à la mort ? Bien sûr que non. Mais c’est ainsi : le principal s’efface à toute vitesse, les mille et une épaisseurs de ce que l’on fut se désagrègent en quelques mois dans la brume de la mémoire des survivants,
poussière poussière.
Les plus sages s’y résignent. Ma mère, non. Je lui en ai voulu, beaucoup, de gager ma vie sur ces vieilleries. Aujourd’hui que je suis là devant vous, je la comprends. Du fardeau elle voulait faire beauté.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s